Emmanuel Macron, dernier des Thermidoriens.

« C’était un de ces hommes politiques à plusieurs faces (…) gardant un équilibre finaud entre tous les partis extrêmes, sorte de jésuite républicain et de champignon libéral de nature douteuse, comme il en pousse par centaines sur le fumier du suffrage universel ». Même si Maupassant affiche un mépris insupportable pour les institutions démocratiques, la comparaison avec l’actuel locataire de l’Elysée est séduisante. Surtout, le romancier témoigne habilement des pratiques politiques propres au personnel politique de la IIIe République : des républicains « opportunistes », modérés, notables prêts à toutes les combinaisons parlementaires pour entrer au gouvernement. Dépourvu de majorité, M. Macron n’a plus qu’à réactiver ces vieilles pratiques longtemps propres au régime d’assemblée. Comme disait mon vieux professeur de khâgne, « l’histoire bégaie ».  Alors que les élections législatives viennent d’enserrer l’ancienne majorité dans un étau politique à la fois nouveau et étroit, on peut ainsi se demander si la macronnie ne constitue pas l’ultime avatar historique d’une république à la fois centrale et minimale.

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Qui étaient les Thermidoriens ?
 
On désigne par Thermidoriens le groupe d’hommes politiques qui exerce le pouvoir en France de la fin du mois de juillet 1794, date à laquelle ils renversent les robespierristes, à la fin de l’année 1799 lorsque Bonaparte prend le pouvoir. Ils mettent en place un régime politique, le Directoire, longtemps mal jugé par les différentes approches politiques de l’histoire : pour Jean Tulard, le régime « a trop aimé l’argent et les femmes pour plaire à la gauche tandis que la droite le jugeait à l’aune de De Gaulle balayant la IVe République : le chaos et le sauveur ».
Quoiqu’on en pense il s’agissait d’une première expérience durable de République parlementaire en France, ainsi que d’une vraie tentative d’équilibrer la politique de la France entre les tenants de la République radicale, et ceux d’un retour à l’ordre des rois. Sans avoir la prétention de faire œuvre d’historiographie peut être reste-t-il intéressant d’explorer les traces ultérieures de ce premier consensus politique.

Les Montagnards étaient prêts à contracter une alliance avec les franges les plus radicales du militantisme révolutionnaire représentant le prolétariat urbain. Cette alliance, qui passait notamment par un fort interventionnisme économique (le blocage des prix, déjà, mais aussi le droit au travail, à l’assistance, à l’instruction) s’en prenait nécessairement au régime de la propriété et entendait fonder un pacte politique nouveau, l’adhésion du grand nombre devant permettre la première constitutionalisation du suffrage universel. Mais, profitant de la division politique des Montagnards, les Thermidoriens les renversent et instaurent un régime bien différent, à bien des égards médian, « une voie moyenne entre royauté et démagogie » [i]. Les devoirs sont rapidement rappelés comme le pendant naturel des droits[ii]. Si l’égalité est réaffirmée, elle l’est seulement sur le plan politique et civil : la question de l’égalité des conditions économiques n’est plus à l’ordre du jour.  

Le régime mis en place par les Thermidoriens, qui constitue dès lors la troisième grande période de la révolution avant la mise au pas bonapartiste, se caractérise par la débauche et le retour du luxe tapageur. Les grands propriétaires fonciers, les fermiers ont bénéficié de la hausse des prix pendant des années d’inflation. Barras, le plus influent des dirigeants, donne des fêtes somptueuses et débauchées, qui choquent les visiteurs étrangers.

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L’extrême modération de la politique économique est compensée par la boursouflure idéologique du style artistique en vigueur sous le Directoire : on tente de républicaniser l’art, considérant qu’il revêt une dimension particulière dans la formation de l’esprit public. On dit aux sculpteurs « la Nation occupera vos ciseaux ». Si l’on renonce à la décoration des bâtiments publics par des « fresques républicaines », l’affirmation des grands principes républicains est claironnée dans tous les domaines.

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Sur le plan politique, les Thermidoriens doivent faire face à deux oppositions simultanées et aux antipodes politiques. Sur leur droite, les royalistes donnent de la voix : la Terreur blanche s’organise. A Lyon la Compagnie de Jésus, qui recrute des hommes de main parmi les déserteurs et les anciens fédéralistes organise le massacre des jacobins. Très tôt, les directoriaux doivent frapper à gauche : ils abattent le mouvement babouviste (conjuration des égaux[iii]) en mai 1796. 

En parallèle, la majorité doit frapper à droite : elle s’appuie sur l’armée et sur ses généraux républicains pour écraser l’opposition parlementaire et les royalistes lors du 18 fructidor (3 septembre 1797). Le 13 vendémiaire (2 octobre 1795), un soulèvement des sections royalistes de Paris est sur le point de renverser le régime : les troupes factieuses s’approchent de la Convention. Elles sont repoussées par Barras et Bonaparte, qui traquent ensuite les insurgés jusque dans l’église Saint Roch, sur laquelle ils font finalement tirer au canon.

Le Directoire est finalement balayé par le coup d’Etat de Bonaparte et la Restauration. Il n’en demeure pas moins qu’il a constitué en France une première expérience du régime parlementaire central, du pouvoir d’une bourgeoisie d’autant plus prompte à forger une mystique républicaine qu’elle oubliait l’égalité réelle. 

 Au-delà des tentatives de restauration et des expériences de pouvoir autoritaire, on peut ainsi se demander si cette tentative de compromis n’est pas appelée à se reproduire dans les décennies qui suivent. 

 
La durabilité du compromis thermidorien dans l’histoire politique de la France.
 

En effet, la IIe République offre un autre exemple de cette tentative de régime parlementaire central. La révolution de février 1848 s’appuie sur la classe laborieuse parisienne, qui, frappée par le chômage, aide la bourgeoisie libérale à renverser le régime de Louis-Philippe. L’alliance, cependant, fait long feu : les élections de mars balaient les radicaux, représentants de la classe ouvrière et la bourgeoisie modérée majoritaire à l’assemblée nationale revient bien vite sur les mesures les plus sociales accordées au prolétariat des villes. L’insurrection des ouvriers est écrasée en juin et la République parlementaire se retrouve rapidement dans la main des conservateurs du parti de l’Ordre, groupés autour de Thiers. Ils imposent la répression du mouvement ouvrier et la restriction du suffrage universel. Louis-Napoléon Bonaparte lui-même est élu, en décembre 1848 sur la base d’un programme modéré dénonçant en même temps les « utopies funestes » et les tentatives de « retour à l’Ancien régime ». Louis Napoléon promet ainsi de « calmer les haines » et de « réconcilier les partis ». Il veut convier à l’œuvre, « sans distinction de parti, les hommes que recommandent à l’opinion publique leur haute intelligence et leur probité »[iv].

A la fin des années 1870, la République finit par s’imposer : Mac-Mahon, dernier président monarchiste, est minoritaire à l’assemblée nationale. Pourtant, une forte minorité d’électeurs restent monarchistes, en particulier dans la France catholique de l’Ouest. La République s’impose donc à nouveau à travers une symbolique républicaine criarde, tous azimuts : statuaire municipale, noms de rues, hôtels de ville imposants[v]. Gambetta l’affirme dès les années 1870, « la République sera modérée ou ne sera pas ».

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Le régime, en effet, reste extrêmement modéré. Sa base parlementaire dans les années 1880 est largement constituée de notables provinciaux, anciens monarchistes, unanimement désignés comme « Républicains opportunistes ». Ils n’entendent pas revenir sur la forme du régime, non plus que sur le principe de l’égalité civile et du suffrage universel, mais n’entendent pas non plus affirmer la république sociale de 1848. Jules Ferry l’affirme en 1885 « nous sommes un peuple de petits propriétaires ». Ainsi, en 1889, un gouvernement dit de « concentration républicaine est formé lors des élections qui suivent la crise boulangiste : il regroupe les opportunistes et la fraction la plus modérée des radicaux, soudés ensemble par le souvenir de la menace boulangiste et la crainte du socialisme.

Ce qui tient le parti républicain dans les années 1880, c’est un ensemble de valeurs assez vague : hostilité au pouvoir personnel, référence à la Révolution vue comme un mythe, volonté de laïciser la société. Au contraire les républicains radicaux plaident pour la République « démocratique et sociale » : ratification de la constitution par le peuple, impôt sur le revenu, décentralisation, élection des juges, suppression de la présidence de la République et du Sénat. 

Au tournant du siècle cependant les républicains radicaux s’imposent comme la nouvelle force politique centrale, pivot de toutes les coalitions parlementaires jusque dans les années 1950. La séparation des Eglises et de l’Etat et la loi sur les associations de 1901 ont réalisé l’essentiel de leur programme. Ils sont désormais devenus des notables, solidement ancrés dans le sud-ouest. Edouard Herriot, principal chef radical, de nombreuses fois président du conseil finit même par être surnommé « la République en personne ». De fait, dans l’entre-deux guerres, presque aucune coalition gouvernementale ne peut se passer de l’appui des radicaux : les victoires électorales de la gauche (1924, 1932, 1936) et de la droite (1928) ne sont jamais suffisamment amples pour permettre de gouverner la république parlementaire sans le large groupe radical, solidement campé au centre du spectre politique. Ils font et défont les majorités : en 1937, c’est un vote du parti radical qui, au sénat, fait chuter le gouvernement de Front Populaire de Léon Blum. Le parti radical connaît ses dernières heures de gloire dans les années 1950 quand son principal leader, Pierre Mendès-France, trouve la ressource nécessaire pour trouver un consensus et orienter la France dans la voie de la décolonisation. Avec l’évènement de la Ve République, le parti radical perd toutefois son rôle de pivot : le fait majoritaire s’impose, les gaullistes puis le PS disposent successivement d’amples majorités dessinées par le scrutin uninominal d’arrondissement et l’élection présidentielle. Pourtant, le radicalisme n’est pas exempt de tentatives politiques : Jean-Jacques Servan-Schreiber tente dans les années 1960 et 1970 de faire du vieux parti radical l’axe d’une voie médiane entre droite et gauche, en particulier en poussant la candidature de Gaston Deferre à la présidence en 1965 et 1969. 

La Ve République semble par définition se priver du concours d’une force central : elle pousse à la bipolarisation en mettant en scène l’affrontement de deux camps lors des élections présidentielle et législative. On peut pourtant se demander si elle ne finit pas par elle aussi par produire des forces modérées. On a en effet longtemps considéré que la présidentielle se gagnait au centre : dès lors, les principaux partis sont tentés de modérer leurs positions pour emporter plus facilement l’élection reine. Ainsi, François Mitterrand opte assez rapidement après sa première élection pour une voie très modérée : choix de la construction européenne plutôt que d’une voie française vers le socialisme, positionnement en père de la nation chantre du « ni-ni » (ni privatisation, ni nationalisation) en 1988. François Hollande, jeune énarque membre du PS produit dès le début des années 1980 sous le pseudonyme de Jean-François Trans plusieurs écrits dans lesquels il plaide pour la transformation du PS en un parti démocrate et libéral. Il est d’ailleurs significatif que le courant minoritaire du PS hostile à la NUPES ait plaidé pendant la campagne présidentielle pour attendre la fin du mandat de Emmanuel Macron et ainsi récupérer le créneau du centre sur l’échiquier politique. A droite, la même tentation du centre est palpable : Valéry Giscard d’Estaing veut regrouper autour de lui et de sa politique « deux Français sur trois » et Jacques Chirac, élu sur la question de la réduction de la fracture sociale est parfois décrit comme le dernier président authentiquement radical-socialiste. Au-delà des sensibilité des dirigeants, c’est le caractère de ces grands partis qui plaide pour une survivance de la république centrale : le RPR et le PS sont des partis d’élus, de notables cumulant mandats locaux et nationaux. Leurs groupes parlementaires survient d’ailleurs aujourd’hui à leur mort politique et électorale : leurs grandes féodalités et leur implantation leur permettent de se maintenir en dépit de scores décevants lors des élections générales. Le parallèle avec le parti radical, qui ne perd son groupe au sénat qu’un demi-siècle après sa disparition de l’échiquier électoral national, est séduisant. 

La destruction des deux grandes forces structurantes de la vie politique, menée par Emmanuel Macron avec une incroyable rapidité depuis 2017 pose ainsi la question de la reconstitution de la République centrale sous la bannière de LREM puis de Renaissance. 
 

Le compromis macroniste, dernier avatar historique de la République centrale.


La République centrale des Thermidoriens, des modérés et des radicaux-socialistes pourrait ainsi se définir par un faisceau de pratiques : elle se garde soigneusement de ce qu’elle identifie comme les extrêmes, elle s’appuie sur un socle sociologique identifié et solide même s’il est parfois étroit ; elle est tentée de masquer son conservatisme social sous une débauche clinquante d’artefacts. 

Emmanuel Macron avait inauguré sa campagne de 2017 par son fameux  « en même temps » : formulant ainsi une sorte de promesse, celle de prendre le meilleur des deux camps politiques en un consensus historique. Il a d’ailleurs savamment débauché le personnel politique de la gauche et de la droite modérée : Pascal Canfin et Barbara Pompili à EELV, Jean-Yves Le Drian, Marisol Touraine, Elisabeth Guigou, Olivier Dussopt, Olivier Véran ; Bruno Le Maire, Gérald Darmanin ; Eric Woerth et Christian Estrosi à droite[vi]. Ce qui est intéressant, c’est que ce recrutement massif se double d’une tentative de construction idéologique autour d’un projet dit « progressiste », alliant sensément dérégulation économique et mesures sociétales. Dans les faits, le projet idéologique apparaît cependant difficilement lisible : suppression de l’ISF,  baisse de la fiscalité sur les heures supplémentaires et pérennisation du CICE, mais promotion du « quoiqu’il en coûte » face à la crise sanitaire ; affirmation du projet d’une société ouverte et multiculturelle mais promotion d’un ministre de l’intérieur n’hésitant pas à s’affirmer plus dur que Mme Le Pen dans les domaines de prédilection de l’extrême-droite ; organisation d’une répression policière sans précédent ; affirmation du projet européen et mise en scène de l’opposition avec Donald Trump mais alignement sur un projet géopolitique atlantiste.

M. François Bayrou, candidat centriste aux élections présidentielles de 2002, 2007 et 2012 brocardait autrefois l’alternance entre le PS et l’UMP comme les virements de bord d’un bateau ivre : un peu d’introspection lui ferait peut-être percevoir qu’il est aujourd’hui l’un des chefs d’une majorité coutumière de violents empannages.  

Les macronistes, dépourvus de socle politique de départ solide on ainsi dû progressivement se définir négativement : chasse ouverte sur les terres conservatrices à l’approche des élections de 2022 (proposition de retraite à 65 ans, conditionnement des aides sociales), puis rapide coup de barre à gauche dans l’entre-deux tours de la présidentielle (planification écologique, hausse des salaires des enseignants) pour s’assurer la victoire face à l’extrême-droite alors que la gauche atteignait un tiers des suffrages exprimés ; déploiement conjoint d’attaques face à deux camps lapidairement définis comme les extrêmes pour tenter d’arracher une majorité lors de la campagne législative. On croyait presque voir Barras faisant tirer sur les royalistes de l’église Saint-Roch juste après avoir fait guillotiner la gauche babouviste. La situation politique à la sortie des élections législatives condamne le président à faire durer l’exercice : loin de réunir une majorité absolue, il va devoir godiller en permanence entre les deux oppositions parlementaires. Sa dernière intervention est spectaculaire : il tente de prendre l’offensive, mettant en demeure ses opposants de le soutenir.

Navigant à vue et tirant maladroitement des bords, le navire macroniste dispose pourtant d’un cap, ou plutôt, comme les Thermidoriens, les modérés et les radicaux, d’un non-cap : il est une direction qu’il ne veut pas suivre, celle de la République égalitaire et sociale. Témoin, son socle électoral, qui sort épuré de la séquence électorale : 2017 avait vu Emmanuel Macron réunir autour de lui les classes diplômées, urbaines et plutôt aisées de la société. La défiance à l’égard de l’extrême-droite leur avait aggloméré une partie de la gauche. En 2022 au contraire l’électorat de Emmanuel Macron et de sa majorité a gagné en cohérence : c’est la France aisée et âgée de plus de 65 ans, celle des gagnants de la mondialisation et des rentiers. Ils sont à la macronie ce que la bourgeoisie terrorisée par Robespierre était aux Thermidoriens, ce que les petits propriétaires étaient aux modérés et aux radicaux : un socle sociologique étroit, mais solide. Ce socle lui interdit tout changement d’ampleur : pas de remise en cause des dogmes budgétaire et monétaire par des investissements majeurs, pas d’introduction de nouvelle ligne géopolitique, un incontestable raidissement sur les questions de maintien de l’ordre.

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Las, l’ordre libéral et civil ne constitue pas un projet politique séduisant : il faut donc lui adjoindre des éléments de langage progressistes. Et là, Emmanuel Macron et les siens oeuvrent en virtuoses : les références républicaines sont largement déployées autour de la présidence jupitérienne : docte vœu de compromis démocratique lors de la dernière allocution télévisée du chef de l’Etat, mise en scène de la stature internationale du président au cours d’un voyage en Ukraine au côté des chefs de gouvernement allemand et italien, publicité tapageuse autour du plan « Marseille en grand ». La remise du rapport préparé par Jean-Louis Borloo sur la politique de la ville en 2018 me paraît à ce titre significative du gouffre qui sépare les éléments de langage de M. Macron de la réalité de sa politique. Sans vergogne, le président écarte les préconisations du rapport à l’instant où celui-ci lui est remis. Le fait est que ledit rapport n’allait pas bien loin : pas de retour au plan Delouvrier pour la ville ou d’annonce d’investissement massifs ; tout au plus une mutualisation des moyens des différentes collectivités et un travail assez fin en cheville avec la société civile des territoires concernés. Mais alors même que le rapport n’était pas en rupture avec le projet libéral macroniste, le président a déclaré que la solution pourrait difficilement venir d’un document remis « par un homme blanc à un autre homme blanc », en écartant du but en blanc les conclusions. L’emprunt langagier et théorique aux militants qui considèrent que la remise en cause des dominations ne peut venir que du combat des dominés est évident ; mais, comble du cynisme, il est utilisé pour esquiver toute politique spécifique à l’égard des territoires qui, justement, regroupent les minorités largement discriminées. En parallèle, les sicaires de M. Macron se sont déchaînés contre la « pensée woke », « différentialiste », le ministre de l’éducation nationale lui-même n’hésitant pas à livrer en pâture à CNEWS les fonctionnaires qu’il aurait normalement dû protéger. Les sorties laïcistes radicales de M. Valls et du printemps républicain qui ont ponctué le mandat sonnent comme une débauche de démonstration républicaine à peu de frais. Le décorum républicain déployé par M. Macron me fait le même effet que l’emplumage tricolore du Directoire ou que de la pompe républicaine de la IIIe République : elle vise à faire oublier tout ce qui n’est rien moins que républicain et révolutionnaire dans la politique entreprise, de la suppression de l’ISF au rabotage des aides sociales. Mais le vernis craque : tels Barras et ses fêtes antiques, les ministres macronistes font la fêtes chez Chalançon en plein confinement ; prisonnier de sa morgue sociale, le président lui-même ne retient pas ses coups dénonçant « le pognon de dingue » représenté par les aides sociales et invitant les chômeurs à « traverser la rue » pour trouver du travail.

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Enséré entre des forces politiques majoritaires et contraires, isolé sur un socle sociologique réduit, frappant tour à tour sur sa droite et sur sa gauche en bricolant une politique économique conservatrice quoique parée de toutes les vertus républicaines, Emmanuel Macron synthétise les Girondins, les directoriaux, les modérés et les radicaux-socialistes en un condensé chimiquement pur. Il est, à bien des égards, le dernier des Thermidoriens. 

 

 

 

 

 

 



[i] Thibaudeau, député thermidorien.
[ii] Le texte constitutionnel voté le 22 août 1795  était précédé d’une « déclaration des droits et des devoirs » dans laquelle ces derniers étaient décrits comme un « contrepoison nécessaire ».
[iii] Le mouvement républicain et égalitaire sous le Directoire est appelé « conjuration des Egaux ».
[iv] L-N Bonaparte, Manifeste aux Français, 27 novembre 1848.
[v] Michel Winock, La France politique XIXe-XXe siècle, Paris, le Seuil, 1999.
[vi] Les listes ne sont évidemment pas exhaustives : elles seraient bien trop longues.

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